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Avenir sans Pétrole

Présidentielle 2017 et transition énergétique: analyse comparative des programmes

30 Mars 2017 , Rédigé par Benoît Thévard Publié dans #Regard critique

La transition énergétique n'est pas une option, c'est une nécessité. Une loi a été votée en ce sens en 2015, et même si elle ne répond pas vraiment à toutes les attentes, elle illustre à minima l'importance qu'a pris le sujet dans la politique contemporaine. J'ai donc voulu regarder les programmes sous l'angle de la transition énergétique, afin de mieux cerner à quel point les candidatEs prenaient en compte cet enjeu.

N.B.: L'analyse que je vous propose ici n'est pas exhaustive car, de mon point de vue, la transition énergétique implique une transformation profonde des institutions, de l'organisation et de l'aménagement des territoires. Il aurait donc fallu que j'analyse l'intégralité de tous les programmes, et cela m'est impossible. Par ailleurs, aucun des programmes ne va assez loin pour envisager de potentiels effondrements ou ruptures, mais cela n'est pas surprenant, il faut quand même vendre du rêve, de la vision ...

Après avoir décortiqué les programmes dans le domaine de l'énergie, j'ai décidé de classer les candidatEs dans plusieurs catégories.

Les onze candidatEs passéEs au grill de la transition énergétique ! Source image: http://images.midilibre.fr

Les onze candidatEs passéEs au grill de la transition énergétique ! Source image: http://images.midilibre.fr

La catégorie "le sujet ne m'intéresse pas vraiment, j'ai d'autres chats à fouetter"

On retrouve ici Nathalie Arthaud (LO) qui veut simplement donner la parole, si ce n'est le pouvoir, aux ouvriers. Tous les problèmes viennent de là, donc inutile de chercher d'autres explications. Elle parle bien d'une forme de transition, mais qui serait plutôt une révolution aux couleurs de lutte des classes. Aucune orientation politique sur l'énergie, il s'agit juste de "faire entendre la voix des travailleurs".

On y retrouve également Jacques Cheminade, qui veut simplement soutenir la recherche dans la fusion thermonucléaire. Il s'agit là d'une technologie qui ne serait pas disponible avant près d'un siècle, ce qui nous laisse largement le temps de mourir de plein d'autres choses d'ici là. Précisons que la mise à disposition d'une énergie illimitée serait catastrophique, car elle donnerait le feu vert pour un pillage total (déjà bien engagé) des ressources planétaires.

La catégorie "je ne suis pas certain de bien comprendre, mais je propose une liste de trucs non chiffrés, qui font plaisir à mon électorat"

On y trouve Marine Le Pen, qui estime que tous les problèmes environnementaux viennent de la mondialisation, et qu'il faut produire et consommer localement. En toute cohérence, elle veut développer massivement les énergies renouvelables ... mais décréter un moratoire immédiat sur l'éolien (?!?) et faire de l'isolation des bâtiments une priorité budgétaire -c'est plutôt bien et ça ne mange pas de pain, car ça fait plaisir à tout le monde-.

Pour le reste, on mettra la cohérence de côté ! Elle ne veut pas spécialement se priver du gaz, mais elle interdira l'exploitation du gaz de schiste en France. Bon finalement, le gaz justifie bien un peu de mondialisation. Ensuite, elle veut développer l'hydrogène, qu'elle considère comme une "énergie propre". Il faudrait lui expliquer que, comme l'électricité, l'hydrogène n'est pas une source d'énergie, mais un vecteur et que 95% de l'hydrogène est issu du gaz naturel. Mais il faut peut-être subtilement déduire qu'elle veut produire l'hydrogène avec de l'électricité nucléaire, puisqu'elle souhaite maintenir et moderniser le parc, engager le programme de Grand Carénage pour prolonger la durée de vie des réacteurs ... et refuser de fermer Fessenheim. Allez tiens, pour l'uranium aussi on reprendra bien un peu mondialisation ! Bref, la transition énergétique à la mode Front National, c'est on continue comme avant, mais on arrête l'éolien.

Ensuite, il y a François Asselineau qui fait de la sortie de l'Union Européenne un préalable à toute politique écologique. Sa vision: il veut donner la parole au peuple, par exemple avec des QCM pour définir les politiques à conduire, pour faire des choix sur le nucléaire ou la sobriété énergétique. S'en suit une liste d'une vacuité remarquable mais qui peut faire consensus, qui va de la volonté de réduire l'énergie consommée dans les bâtiments, à la réduction de la dépendance aux hydrocarbures, en passant par la réduction des émissions des gaz à effet de serre. Avec ça, on n'est pas très avancé, mais un point a cependant retenu mon attention, une volonté d'améliorer la résilience du pays et d'augmenter les stocks stratégiques d'hydrocarbures. Ce détail sur la vulnérabilité de notre société est tout de même un bon point.

La centrale de Flamanville. Source image: https://www.lesechos.fr/

La centrale de Flamanville. Source image: https://www.lesechos.fr/

La catégorie "on ne change rien au système, on remplace juste une énergie par une autre !"

Il y a d'abord François Fillon, qui veut "préparer l'après pétrole" ... rien que ça ! Je dois dire que, connaissant un peu le personnage pour l'avoir eu en Premier Ministre et pour l'avoir un peu écouté ces derniers mois, j'ai souri en lisant certaines parties de son programme:

"Inciter les villes qui n’en sont pas encore dotées à concevoir une feuille de route dans laquelle toutes les actions favorables à l’environnement sont exposées (urbanisme, politique de l’eau, assainissement, déchets, transports, chauffage urbain…) ; renforcer la vie démocratique locale et revitaliser les formes de participation et passer ainsi d’une écologie de l’immobilisme à une écologie de projet, en associant mieux les collectivités locales et la société civile aux décisions environnementales."

J'ai trouvé ça émouvant, j'avais l'impression de lire le manuel de transition de Rob Hopkins ou le programme d'EELV ! Plaisanterie mise à part, Monsieur Fillon veut développer les renouvelables, mais sans obligation d'achat par l'opérateur national. Il préfère soutenir l'autoconsommation et donc les contrats privés, sans participation de l'État. Par ailleurs, il n'est pas question de réduire globalement la consommation d'énergie du pays, mais plutôt d'amplifier les économies d'énergie individuelles pour rendre du pouvoir d'achat aux français. Si il parle ici d'aider les plus pauvres à sortir de la précarité, c'est très bien. Si c'est juste pour permettre de relancer une croissance consumériste en déplaçant les dépenses, il a tout faux. Enfin, il veut développer la voiture électrique et revenir sur la loi de transition énergétique pour donner plus de place au nucléaire (Grand Carénage et modernisation de la filière). Bref, le programme consiste à passer du pétrole au tout nucléaire, à isoler les bâtiments pour relancer la croissance, et à favoriser l'autonomie pour les privés qui pourront investir dans l'autoconsommation. On remarquera tout de même la mise en avant d'une taxe carbone à 30€/tonne, mais qui sera compensée par des baisses de charges par ailleurs, sans préciser lesquelles.

Avec Nicolas Dupont-Aignant, on est un peu sur le même registre du tout nucléaire, avec l'idée de développer la filière au thorium, qui prendrait le relai (la faisabilité reste à démontrer) en 2050. Il veut revoir la loi de transition énergétique pour supprimer la limite à 50% de nucléaire en 2025 et soutenir la filière EPR actuelle, malgré les erreurs passées. Il propose tout de même certaines idées originales, comme le livret d'épargne "dispositif d'économie d'énergie" (sans précision), le guichet régional pour la fiscalité verte, la forte impulsion pour la valorisation du solaire thermique ou le remplacement de 10 millions de véhicules en 10 ans, par un bonus en cas d'achat d'une voiture consommant moins de 3L/100km. On est ici dans une logique générale de continuité du système actuelle, avec une amplification du soutien à la filière nucléaire et une simple évolution technologique, un remplacement d'une énergie par une autre.

L'isolation des bâtiments est préconisée par presque touTEs les candidatEs. Ici, une isolation par l'extérieur en paille. Source image: www.accortpaille.fr

L'isolation des bâtiments est préconisée par presque touTEs les candidatEs. Ici, une isolation par l'extérieur en paille. Source image: www.accortpaille.fr

Et puis il y a la catégorie "Bon, soyons sérieux, il faut changer pas mal de choses quand même !" Dans cette catégorie, il reste cinq candidats dont les stratégies divergent plus ou moins.

Il y a d'abord le modéré du groupe, Emmanuel Macron (En Marche), qui a trouvé des gens pour bosser un peu le sujet, et qui propose un scénario assez détaillé, mais plutôt soft. Du côté des économies d'énergie, on retrouve 4 milliards pour rénover les bâtiments publics et 4 autres milliards pour les logements, des audits énergétiques gratuits pour les propriétaires en situation de précarité, une prime immédiate pour la rénovation. L'économie circulaire est une autre piste sérieusement envisagée pour limiter les impacts environnementaux de l'économie. Côté consommation, on ne fait donc rien qui puisse fâcher: en isolant les bâtiments, on fait plaisir à tout le monde (c'est pourquoi presque tout le monde le propose, à plus ou moins grande échelle).

Côté production, on double la capacité éolienne et solaire en 2022, on investit 30 milliards, on simplifie les procédures et on fait de la recherche sur le stockage et les réseaux intelligents. Les énergies fossiles sont ciblées, avec une fermeture de toutes les centrales à charbon en 5 ans, l'interdiction d'exploitation des hydrocarbures de schiste, l'augmentation de la taxe carbone à 100€/t à l'horizon 2030 (combien pendant le quinquennat ?) et le soutien du véhicule électrique. Mais cela reste léger et imprécis quand on sait que le charbon est marginal dans la consommation d'énergie fossile en France, et que le pétrole représente 96% de l'énergie consommée pour le transport. Pour ce qui concerne le nucléaire, c'est probablement la pire des orientations possibles, c'est-à-dire que l'on continue comme avant, sans avis tranché sur la question. On ne sait pas vraiment si on prolonge le nucléaire ou pas, on attend un avis technique de l'ASN, on veut bien fermer Fessenheim, mais seulement quand on ouvre Flamanville, on reste sur l'objectif de la loi de transition énergétique, qui est tout sauf claire sur le nucléaire. Bref, un flou qui est inadapté à la vision de long terme qu'exige l'avenir énergétique de notre pays. Bref, quelques bonnes pistes, mais une transition énergétique probablement trop modérée pour atteindre le facteur 4 et diviser par deux la consommation d'énergie finale à l'horizon 2050.

Jean-Luc Mélenchon (France Insoumise) tire visiblement son épingle du jeu, avec un programme qui part du principe que la transition énergétique et écologique est à la base de tout le reste. Ancré sur la base du scénario négaWatt, il prévoit une sortie progressive et organisée du nucléaire, ainsi que des énergies fossiles, pour atteindre 100% de renouvelables en 2050. Les propositions sont plutôt radicales, avec d'abord une régulation des prix au niveau national et un retour en arrière sur la libéralisation du secteur énergétique, tout en intégrant des formes de décentralisation et un contrôle citoyen. Comme presque touTEs les candidatEs, il propose d'isoler les bâtiments, mais il y va fort avec 20 milliards d'euros pour isoler 700 000 logements. Le secteur agricole n'est pas en reste, avec moins d'énergies consommées, car essentiellement remplacées par de la main d'oeuvre et une agriculture paysanne. Enfin, les choix d'aménagement du territoire devront intégrer systématiquement les questions énergétique et environnementale, ce qui est un point crucial. Un des éléments qui me semble essentiel dans la cadre d'une transition énergétique forte et profonde, c'est la question de la gouvernance. On observe chaque jour que les institutions actuelles ne sont plus adaptées à la situation. Le fait que ce candidat propose une remise à plat des principes démocratiques et de la constitution, pour gérer la décroissance matérielle et énergétique, me semble être un préalable incontournable. Pour ce qui concerne la transition énergétique, le programme de J.L. Mélenchon est, de mon point de vue, le plus abouti et le plus cohérent de tous.
 

Couverture du livret spécial sur l'énergie de France Insoumise. Source image: https://avenirencommun.fr/

Couverture du livret spécial sur l'énergie de France Insoumise. Source image: https://avenirencommun.fr/

Le candidat Benoît Hamon propose un projet assez proche du précédent. On sent qu'il a une vision, qu'il a envie de faire quelque chose de bien et de changer les choses, mais finalement on a plutôt l'impression que le projet manque de maturité au regard des enjeux. Il est d'abord question d'un grand plan de sobriété énergétique (isolation, transports en commun, véhicules propres). Outre le fait que les exemples cités entre parenthèses n'ont rien à voir avec la sobriété énergétique, on ne voit pas bien ce qu'il y a derrière. Ensuite, on retrouve à peu près les objectifs de scénario négaWatt 2017, c'est à dire 100% d'énergies renouvelables et la fermeture du parc nucléaire avant 2050. Il est bien question de transition énergétique profonde, puisque 100% renouvelable, c'est une vraie transition. La question est de savoir s'il a une petite idée du chemin qu'il faudra parcourir pour y parvenir.

Philippe Poutou (NPA) propose un programme militant, lui aussi basé sur un objectif 100% renouvelable en 2050. Le programme n'entre pas trop dans le détail, mais montre clairement que la transition est indispensable, insistant spécifiquement sur le risques climatiques et nucléaires. Pour diminuer les consommations et se satisfaire du renouvelable, le NPA exige l'arrêt des productions inutiles et dangereuses dont l'armement avec la reconversion des travailleurEs, l'interdiction de la publicité énergivore ou la fin de l'obsolescence programmée. Entre autres propositions, il vise également la gratuité des transports publics, souhaite en finir avec la logistique en flux tendu et réduire la place de la voiture. Pour le nucléaire, la préconisation est une position abrupte, avec une fermeture immédiate de tous les réacteurs de plus de trente ans, ce qui conduirait à fermer 38 réacteurs sur 58 et diminuer la puissance nucléaire disponible de 60%, ce qui est techniquement ... et socialement ingérable !

Enfin, il faut remarquer le poète Jean Lassalle. On ne peut pas tout connaitre, mais on peut avoir conscience des grands défis à relever. Il nous propose de "prendre le temps de comprendre les choix qui se posent à nous et d'en débattre". Pour lui, il est temps de "clore paisiblement ce qui est devenu le cauchemar du pétrole", car les renouvelables devraient pouvoir remplacer les énergies fossiles et le nucléaire. Ce discours un peu naïf, mais positif et poétique montre une sensibilité particulière au sujet, sans pour autant donner le moindre signe d'une maitrise des enjeux réels.

Source image: https://www.greenunivers.com/

Source image: https://www.greenunivers.com/

Conclusion

- Si vous pensez que la transition énergétique n'est pas un élément crucial des orientations politiques pour les décennies à venir, vous pouvez voter Nathalie Arthaud et Jacques Cheminade.

- Si vous pensez que changer le type d'énergie est suffisant et que vous aimez les incantations gratuites, le vote Marine Le Pen, François Asselineau, François Fillon, Nicolas Dupont-Aignan ou Jean Lassalle peut vous convenir.

- Si vous pensez qu'une transition énergétique, certes intelligente, mais en version "Quinquennat Hollande ++" sans changer les recettes du passé, permettra d'atteindre les objectifs, le vote Emmanuel Macron est satisfaisant.

Si vous cherchez encore votre candidat, il en reste trois:

- Jean-Luc Mélenchon qui propose un scénario radical mais argumenté

- Benoît Hamon qui propose aussi un scénario radical et peu travaillé

- Philippe Poutou qui propose un scénario très -trop- radical.

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Ugg 16/04/2017 22:19

De mon point de vue, à priori , Mélenchon a très bien compris la problèmatique énergétique . De plus ,Méluche ne se situe pas dans l' idéale productivo-consumériste .Puis Il existe aussi naturellement (aussi bizarre que cela puisse paraître pour certains ) d' autres perspectives d' avenir que celui du productivo-consumérisme . Aussi, des etudes tendent à montrer assez nettement que c' est le sentiment d' insécurité et le manque de lien social qui pousse à la consommation . Tout cela pour dire , qu' il peut etre facile de sortir du cadre mental dans lequel nous sommes plongé et subrebtissement maintenus . Ainsi ,dans le cas où ce serait des personnes comme Mélenchon qui arriveraient au pouvoir tous nos repères télévisuels et médiatique seraient changés , la Pub ,entre autre . De ce fait ,ce serait rapidement l' objet de nos désirs qui serait modifié .Ce qui devrait permettre donc ainsi assez rapidement de résoudre le problème du pouvoir d' achat , la question se posant alors bcp moins .

thierry 09/04/2017 02:30

Benoit,
- Tu décris autre chose que le programme de Mélenchon, qui fustige l'austérité et promeut la hausse &du pouvoir d'achat (SMIC, retraites, gaz&elec gratos, .... ) et du PIB. Je ne vois pas de changement de société, de "consommer moins et vivre mieux" etc. Il est en particulier très en retrait par rapport à Hamon sur la compréhension de la fin de la croissance,l'impact de l'automatisation, la réduction du temps de travail etc. Dommage.

- le fait que le financement des éoliennes soit privé est un faux prétexte. En France les gens ne veulent pas des éoliennes essentiellement pour "protéger les paysages". Je peux te donner plein d'exemples. Et de toute façon, à 3M€ pièce, l'épargne citoyenne locale est très, très insuffisante pour financer les 18.000 éoliennes terrestre du programme (et je ne parle pas de l'offshore, ou du PV relocalisé).

- Il ne faut pas nécessairement opposer "projet de société auquel chacun est invité à contribué" et "intérêt industriels". Ce que j'observe, c'est que les industriels deviennent de plus préoccupés par les problématiques du réchauffement climatique et de déplétion des ressources, alors que la mobilisation citoyenne sur ces sujets faibli. En outre, on aura besoin des 'industriels' pour faire la transition énergétique telle que proposée par JLM / nW (pour fabriquer les éoliennes/PV/matériaux d'isolation/smart-grids/...., financer les investissements et la R&D, ...)

- Le problème Afterres2050 est le même que celui de nW: l'acceptabilité des mesures, comme la division par 2 de l'élevage, la méthanisation ou les bio-carburants. Pour mémoire, d'après nW, 1,5 million d'hectares agricoles (des prairies anciennement destinées à l'élevage) devraient être consacrés à la méthanisation, et 2,3 pour des biocarburants. Je ne connais aucun écologiste qui soutient ce programme (et beaucoup qui sont contres)

- Tu fais un contresens: je ne dis PAS que "c'est de la démagogie parce que ça ne tient pas la route à cause des limites physiques". Au contraire. Ca ne tient pas la route pour des raisons sociétales: les citoyens n'accepteraient pas les 20 ans de récession économique profondes qui seraient la conséquence de l'aspect 'énergétique' du programme s'il était appliqué. Et c'est démago car les autres aspects du programme et des promesses requiert de la croissance.

Thierry 05/04/2017 23:09

Benoit, je ne "défend" aucun programme! Je réagis juste à ton analyse de celui de Mélenchon, qui n'est ni radical, ni argumenté. ni cohérent. C'est essentiellement du fait de sa référence à négaWatt, et de cette "question non résolue" de la croissance. Ce n'est pas un détail, pour un programme qui exige de la croissance et fustige l'austérité !

Il y a aussi la question de l'acceptabilité sociale (exemple les 18000 éoliennes, ou la division par 2 de la conso de viande, ...), de l'emploi (voir les modèles de Philippe Quirion, avec des centaines de milliers d'emploi en moins dans l'automobile...), le financement, la relocalisation (où sont fabriqués les panneaux solaires?) , l'énergie nette etc etc.

Concernant ton objectif de permettre "aux vivants de vivre dignement, et donc de diviser par autant que nécessaire la consommation individuelle de ce qui consomment trop, dont toi et moi", je serai d'accord. Mais je repose la question d'il y a quelque jours: un électeur de Mélenchon (ou un autre) serait il prêt à un "rééquilibrage" avec tous ceux, payés une misère, qui ont fabriqués ses vêtements et ses biens, extrait de la terre les matériaux pour ceux-ci, produit sa nourriture importée, etc? serail il OK pour diviser par 2 ou 3 son pouvoir d'achat, consommer moins d'un tep par an, ne plus voyager en avion, ne plus manger de viande, et plus globalement se passer de tout ce que l'énergie abondante et pas chère nous a "apporté" depuis 50 ans?

Bon, de toute façon il peu probable que JLM soit élu. Ce qui est en jeu est la reconstruction de la gauche pour contrer la montée du FN. Sur ce plan, je pense qu'il aurait été plus utile s'il avait fait plus de pédagogie, plutôt que de la démago. Encore une occasion de manquée.

Benoît Thévard 06/04/2017 11:20

Je ne suis pas dans la tête des électeurs de Mélenchon, mais je me dis qu'ils sont surement plus prêts que les autres à envisager une transformation profonde des modes de vie, en tous cas pour ceux que je connais, c'est le cas. On en peut pas raisonner à société constante, et dire que les gens auront juste moins dans un système dont l'organisation ne change pas.
On peut faire de l'austérité et imposer une réduction de l'essentiel (services publics, biens communs) au profit du superflu (grands projets inutiles, dividendes, évasion fiscale, lobbies industriels en tous genres).
On peut aussi consommer moins et vivre mieux. C'est le chemin que j'ai pris, et j'estime donc que si la société s'organise pour aller dans ce sens, elle prendra ce qui me semble être la seule voie désirable et juste.
Même chose pour l'acceptabilité sociale: soit il y a un projet de société auquel chacun est invité à contribué, soit on impose arbitrairement ou pour satisfaire des intérêt industriels, et dans ce cas, en effet, c'est mort.
Si les allemands ont accepté de mettre des éoliennes et des panneaux solaires partout, c'est parce qu'il sont largement impliqués et intéressés financièrement dans ces développement. Si ça bloque en France, c'est parce que les projets sont principalement portés par de gros investisseurs.
Idem pour la viande ! Toi qui vient de Toulouse, as-tu étudié le scénario Afterres2050 de Solagro ? Si oui, tu as du constater que les marges de manœuvres pour respecter le facteur 4 en nourrissant tout le monde ET en continuant d'exporter, tout en tenant compte du changement climatique, IMPOSE le passage d'un régime alimentaire basé sur les protéines animales à un régime basé sur les protéines végétales. Donc je suis étonné que pour l'énergie, tu me dises que c'est de la démagogie parce que ça ne tient pas la route à cause des limites physiques, et que pour le régime alimentaire, tu ne te bases plus sur la physique, mais uniquement sur l'opinion des gens... elle est où la démagogie dans tout ça ?

Thierry 03/04/2017 22:23

Benoit, là où tu perçois de la cohérence dans le programme de Mélenchon, je vois de la démagogie.
C'est par exemple démago que d'affirmer qu'on peut diviser la consommation énergétique par 3 (scanario nW) tout en maintenant la croissance, ou satisfaire toutes les promesses, qui sont liées à celles-ci.
Tu le dis toi même, la croissance est dans le pacte social,et celui-ci n'est pas remis en cause par JLM. Il est plus facile de faire de la démagogie et de promettre tout ce que l'électeur veut entendre. Tu évoques par exemple quotas énergétiques et rationnement, mais JLM promet, lui, une part de l'électricité et de gaz gratuit. Penses tu vraiment que ça va aider à cette nouvelle constitution ou au débat public supposé traiter des limites et que tu appelles de des vœux?

Luce, 1 TEP par habitant et par an, c'est à peu près ce que consomme un Cubain. En France on est à plus de 4. Si on veut à la fois sortir des fossiles et du nucléaires, il faut diviser par au moins 3.

Le programme de Mélenchon n'est ni radical, ni argumenté. ni cohérent. Il est démago. Je peux comprendre qu'il te plaise, mais, puisqu'il ne participe pas à la prise de conscience des problématiques liées à l'énergie et la croissance, je le trouve pour ma part inutile, voire contre-productif.

Benoît Thévard 04/04/2017 11:20

Je respecte ton point de vue mais ne le partage pas et surtout, je ne comprends pas quel programme tu défends.
Ce qui me gêne dans ton discours, c'est que je perçois une forme de "laissons dans la merde ceux qui y sont déjà" car "les riches consomment moins de ressources par euro dépensé que ce que consommeraient les pauvres". Humainement, cette vision est plus que dérangeante à mes yeux.
Moi je pars du principe que le seul objectif qui vaille, c'est de permettre aux vivants de vivre dignement, et donc de diviser par autant que nécessaire la consommation individuelle de ce qui consomment trop, dont toi et moi. Or le scénario négawatt propose cette réduction de la consommation. Certes, la question de la croissance n'est pas résolue, mais je ne connais pas meilleur scénario.
Tout cela suppose une gestion du bien commun qui semble presque impossible à mettre en place, mais je ne vois pas d'autre piste désirable que celle là.
Et je ne suis pas contre l'idée que le minimum énergétique vital soit financé par la collectivité, tout comme le transport en commun ou l'eau potable, et que ce qui dépasse ce minimum soit plus cher.

Philippe L 03/04/2017 12:54

Salut Benoît,

Je ne pense pas que les propositions de François Asselineau relèvent de l'incantation. La direction qu'il souhaite que nous prenions est claire. Bien sûr, il n'est pas davantage que les autres décroissant. Mais le modèle agricole qu'il a défendu lors du récent congrès de la FNSEA et la sévère mise en cause du productivisme agricole gravé dans le marbre du traité de fonctionnement de l'UE qu'il a exprimé sont en phase avec ce que je pense. Il a également évoqué à cette occasion l'autosuffisance alimentaire (n'autoriser les importations que pour ce que nous ne produisons pas).

La continuité territoriale est également un thème important qui figure en bonne place dans son programme. La présence des services publics à la française comme piliers des territoires est également déterminante chez lui.

Je vois également (point 124) la mise en œuvre d'un grand plan en faveur du train à moyenne vitesse
et la volonté de favoriser davantage les transports en commun et les transports doux.

A noter que l'effondrement qui vient (qui a déjà commence ?) n'est pas uniquement matériel, mais également psychologique et mental. Nous avons devant nous de nombreux candidats agressifs parfois haineux qui ne sont pas à mes yeux les plus compétents pour faire à la situation exceptionnelle à laquelle nous devons faire face.

Nous avons en effet besoin de personnes qui rassemblent plutôt que de politiciens, souvent professionnels, qui nous divisent et nous dressent les uns contre les autres.

Comme le dit Avionnette, la "transition" se fera en grande partie contre les politiques. Mais les choix géopolitiques de "nos" dirigeants auront des conséquences très importantes sur nos "vies locales" même si ces dernières parviennent à devenir plus ou moins résilientes.

Dans un contexte de montée des périls, de changement climatique, de lutte pour les ressources et de pénuries à venir, la coopération internationale est de loin préférable à la guerre économique actuelle que l'UE compte poursuivre. Cette coopération est au cœur du programme de ce candidat et ce n'est pas un détail.

Benoît Thévard 04/04/2017 11:23

Salut Philippe, j'ai regardé la partie énergétique, pas l'ensemble des programmes. Or, sur la partie énergétique, ce ne sont quasiment que des incantations (réduire les émissions de GES, réduire la dépendance au pétrole,...) mais je veux bien croire qu'il ait d'autres idées et je te remercie de les préciser ici !